| |
L'enfant "cachée" de Feluy lève le voile !
| Angelica Herc est née en 1930, à l’aube de la seconde guerre mondiale, sous l’ombre du nazisme. Elle a vécu plusieurs années à Seneffe, à l’abri des rafles qui avaient emporté, en 1942, ses parents et son frère, d’origine juive. La guerre a fauché ses proches, et a guidé son existence. Rencontre émouvante avec une ancienne enfant «cachée». |
|
 |
Septembre 1942. La Belgique vit à l’heure de l’occupation allemande et des lois juives : «Je me souviens que je portais l’étoile jaune sur mon manteau. Je ne voulais pas. Je la cachais en permanence sous mon écharpe. Je ne comprenais pas. Je ne me sentais pas juive. Mes parents étaient laïques et on ne parlait jamais de religion à la maison. Seul mon grand-père était pratiquant», explique notre interlocutrice, mère de deux enfants et grand-mère aujourd’hui.
Un véritable traumatisme !
La famille Herc vit, alors, au rythme des rationnements tandis que se resserre l’étau antisémite tendu par le pouvoir nazi. L’horreur des exterminations bruisse mais n’a pas encore de visage. La peur n’a pourtant pas attendu qu’elle se dévoile. Elle est partout. Elle impose des déracinements : «Mes parents avaient peur. Ils m’avaient placée chez ma marraine. J’ai vécu dans une certaine insouciance. J’avais encore la chance d’aller à l’école à cette époque. Je voyais mes parents tous les matins mais je n’ai que très peu de souvenirs de cette période», poursuit-elle. Le conflit la rattrape un après-midi de fin septembre : «J’ai retrouvé des scellés sur la porte de mes parents. Ils avaient été emmenés. Les Allemands avaient tout emporté. J’étais sous le choc. Ma marraine m’a retrouvée dans un cinéma tout proche, alors que je n’y allais jamais. Je n’ai plus jamais revu mes parents.»Angelica apprendra, peu après l’effondrement de l’Allemagne, qu’ils avaient été emmenés à Malines, avant d’être, bien vite, transférés à Auschwitz, d’où ils ne reviendront jamais : «Mon frère avait, avant cela, tenté de rejoindre l’Angleterre par la France. Il a été raflé chez une tante. On perd alors sa trace. Je n’ai jamais su comment il avait disparu», précise Angelica.
Je vivais dans l'espoir
La capitale devient trop dangereuse pour la fillette. Sa marraine la confie, fin novembre, à son frère, concierge au château du Trichon, à Feluy.
 |
|
Angelica y vivra en sécurité : «Je n’ai jamais vraiment été en danger. On m’avait expliqué comment fuir en cas de problème. Il y avait un tunnel entre les deux châteaux que je devais emprunter s’il y avait danger. Certains villageois savaient mais je n’ai rencontré aucune difficulté. Ce ne furent pas des années heureuses. J’ai manqué d’affection même si je ne reproche rien à mon parrain et son épouse. J’ai appris à me taire durant cette période, et à vivre isolée.
Je suivais des cours particuliers. J’ai eu très peu de contact avec des enfants de mon âge. Je vivais dans l’espoir de revoir mes parents et mon frère. Parler m’aurait aidé à vivre tout cela. Ce n’était pas possible.» |
Je pensais qu'être juif était une tare
La guerre finie, l’enthousiasme a bientôt laissé la place au désespoir. Angelica Herc comprit, bien vite, qu’elle ne retrouverait pas sa famille. Elle retrouva la trace de ses parents, mais n’a jamais fouillé les années de guerre : «Je pensais qu’être juif était une tare. Je ne voulais pas en entendre parler. Mon mari connaissait mon passé mais n’a jamais insisté, pour m’épargner sans doute. J’en ai parlé, pour la première fois, avec ma fille. Elle insistait pour savoir. Bizarrement, elle était née huit ans avant son frère, alors que j’étais née huit ans après mon frère. Cette coïncidence l’intriguait», continue-t-elle. Angelica Herc a eu deux enfants. Elle constate, aujourd’hui, l’impact des événements passés sur sa famille : «Je n’ai pas été une mauvaise mère mais je n’ai pas su leur donner beaucoup d’amour. J’ai changé avec mes petits-enfants. Par contre, je n’ai aucune véritable amie. Je suis excellente confidente mais moi-même je me confie peu.» Cette septuagénaire a eu l’occasion de visiter Auschwitz-Birkenaü. Un voyage qu’elle conseille à tous, à partir de quinze ans. L’émotion serait trop forte avant. Elle jette un regard sans concession sur le monde d’aujourd’hui : «Je ne voudrais pas être jeune aujourd’hui. C’est assez effrayant. Je constate une véritable fièvre de racisme, d’antisémitisme. C’est le retour du religieux. Ce n’est jamais bon.» Un avertissement sans appel.
|
|